
Milan avait sorti son plus beau tailleur.
Tendances à Milan, Printemps/Été 2027.On laisse cette fois les héritières impeccables à leur déjeuner. Dans notre sélection, Moschino, Diesel et Marco Rambaldi compliquent franchement le programme.
L’un fait passer la rue dans le défilé. L’autre traite le denim comme s’il sortait d’une nuit peu raisonnable. Le troisième invite la famille choisie à récupérer le trousseau.
L’Italie, oui. La bienséance, sous réserve.
Pour leurs débuts chez Moschino, Loris Messina et Simone Rizzo installent le show sur le toit d’un parking. Des figurants traversent le podium à contre-sens des mannequins.
Les anciens fondateurs de Sunnei commencent donc par dérégler la circulation. Jolie manière d’empêcher la mode de tourner uniquement autour d’elle-même.
Dans les vêtements, une jupe jaune gonflée accompagne un haut rouge et des escarpins noirs — le look 7. L’ironie a aussi besoin d’une coupe, d’un volume, d’un petit accident de surface.
Sinon, on achète un T-shirt avec une blague et on rentre chez soi.
Chez Diesel, Glenn Martens présente sa dernière collection pour la maison. Le denim est enduit puis travaillé au laser pour évoquer le cuir; les découpes mangent les mailles, les surfaces se fissurent.
Le jean se démonte en bandes et panneaux plutôt que de se contenter du traditionnel trou au genou.
Il ne s’agit plus de faire croire qu’on a vécu. Le vêtement lui-même a l’air d’avoir participé.
Attention, ceci n’est pas une invitation à maltraiter un vieux 501 avec des ciseaux de cuisine. La désinvolture a ici un département technique.

Chez Marco Rambaldi, *Une chambre à soi*, Lisetta Carmi et Nan Goldin nourrissent l’idée d’une maison-refuge.
Des fleurs crochetées composent un pull rouge; des inserts de crochet vintage entrent dans le denim, puis sont lavés avec lui.
La mémoire domestique ne sert pas à reconduire le programme domestique. Voilà ce qui plaît : reprendre ce qui a été transmis, sans hériter obligatoirement du rôle qui allait avec.

Le jaune de Moschino, le rouge crocheté de Rambaldi, les bleus usés du denim… Des couleurs qu’on a envie de voir bouger, se frotter, sortir de la photo.
La saison n’a pas besoin d’un nouveau nom de beige pour avoir l’air cultivée.
Un concept de défilé peut être très malin et laisser les vêtements derrière lui. C’est la question à garder ouverte chez Moschino : que reste-t-il quand le parking se vide?
On veut le twist dans la pièce, pas uniquement dans la vidéo de la pièce.
Pour résumer, notre Milanaise de l’été 2027 ne confond pas héritage et obéissance. Elle prend une technique, une matière, un souvenir; elle décide elle-même quoi en faire.
Du beau travail, certainement. Une tenue exemplaire, on ne promet rien.
Après tout, on peut très bien savoir se tenir et choisir de ne pas le faire.
Visuel d’ouverture : Moschino — Été 2027, look 7. Photo : Umberto Fratini / Gorunway.com, via Vogue Runway.