
On avait conseillé à la Londonienne de se calmer.
Tendances à Londres, Printemps/Été 2027.Du folklore slave, un Caravage retrouvé et une collection baptisée *Holy Milk*… Dans notre sélection, la mode londonienne n’a toujours pas confondu simplicité et absence d’imagination.
À ceux qui veulent une garde-robe raisonnable, elle répond avec des vêtements chargés de souvenirs, de corps et de rites. Rien à voir avec une bougie « énergie féminine » à 85 euros.
Ici, la spiritualité a des manches. Et parfois des dents.
Chopova Lowena installe son défilé au bowling de Bloomsbury Lanes et convoque Baba Yaga, Kikimora et Marzanna.
Ce folklore se porte en tabliers modulaires, manches fleuries découpées au laser et fausses fourrures patchwork. Le monstre et la fée ont la même adresse; ils ne fréquentent simplement pas le même rayon.
On est loin du joli conte qui finit par un mariage. La princesse pourrait très bien préférer une partie supplémentaire.
Simone Rocha retourne à l’Old Bailey, le tribunal londonien, avec pour point de départ la redécouverte de *L’Arrestation du Christ* du Caravage.
Les robes en organza se défont de leur aplomb, les roses s’installent aux cols, l’anorak entre dans la conversation. Le grandiose et le quotidien se regardent sans demander lequel doit sortir.
Le romantisme paraît plus intéressant quand il a été touché, déplacé, un peu contrarié. La perfection sous housse? Pas notre genre.

Avec *Holy Milk*, Dimitra Petsa travaille la maternité, la création de soi et le lien entre le corps et l’eau.
Dentelle, jersey drapé, transparences : la robe colle à la présence du corps plutôt qu’à une idée abstraite de la femme idéale. La performance va jusqu’au soutien-gorge sculptural qui diffuse un liquide évoquant le lait.
Provocation? Aussi. Mais le plus intéressant est ailleurs : un corps maternel peut-il être un corps de mode sans être recadré, caché ou rendu délicatement symbolique?
Pas besoin de rendre le sujet plus « portable » pour le trouver légitime.

Le blanc dominant de Di Petsa rencontre le bleu, le noir et le rouge de Rocha. Du clair, de l’obscur, des surfaces qui accrochent la lumière… La palette a du caractère sans avoir besoin de hurler sur chaque cintre.
Chopova Lowena a aussi ouvert son Clubhouse à Bethnal Green. Un lieu où revenir entre deux défilés.
Le mot « communauté » devient un peu plus convaincant quand on peut pousser la porte. Et pas seulement liker la campagne.
Pour résumer, notre Londonienne de l’été 2027 aime les vêtements habités. Pas hantés par la dernière micro-tendance; habités par quelque chose qui dure plus longtemps qu’un scroll.
Elle peut se montrer, se couvrir, se transformer. Elle ne doit pas être cohérente pour vous rassurer.
Fairy girl, peut-être. Bonne petite fille, beaucoup moins.
Visuel d’ouverture : Chopova Lowena — Été 2027, look 1. Photo : Umberto Fratini / Gorunway.com, via Vogue Runway.