Londres Été 2027 • Sorcières, Sans Excuses

Oct 11th, 2026
 
by Doria

On avait conseillé à la Londonienne de se calmer.

Elle a réservé un bowling pour Baba Yaga.

Tendances à Londres, Printemps/Été 2027.Du folklore slave, un Caravage retrouvé et une collection baptisée *Holy Milk*… Dans notre sélection, la mode londonienne n’a toujours pas confondu simplicité et absence d’imagination.

À ceux qui veulent une garde-robe raisonnable, elle répond avec des vêtements chargés de souvenirs, de corps et de rites. Rien à voir avec une bougie « énergie féminine » à 85 euros.

Ici, la spiritualité a des manches. Et parfois des dents.

1. Vu sur les podiums. Les sorcières ont une réservation.

Chopova Lowena installe son défilé au bowling de Bloomsbury Lanes et convoque Baba Yaga, Kikimora et Marzanna.

Ce folklore se porte en tabliers modulaires, manches fleuries découpées au laser et fausses fourrures patchwork. Le monstre et la fée ont la même adresse; ils ne fréquentent simplement pas le même rayon.

On est loin du joli conte qui finit par un mariage. La princesse pourrait très bien préférer une partie supplémentaire.

2. La pièce maîtresse. La robe qui revient de sa propre soirée.

Simone Rocha retourne à l’Old Bailey, le tribunal londonien, avec pour point de départ la redécouverte de *L’Arrestation du Christ* du Caravage.

Les robes en organza se défont de leur aplomb, les roses s’installent aux cols, l’anorak entre dans la conversation. Le grandiose et le quotidien se regardent sans demander lequel doit sortir.

Le romantisme paraît plus intéressant quand il a été touché, déplacé, un peu contrarié. La perfection sous housse? Pas notre genre.

Simone Rocha printemps-été 2027, look 1 : Anorak bleu nuit, transparence et volume noir fleuri en bas de silhouette.
Simone Rocha — Été 2027, look 1.
Anorak bleu nuit, transparence et volume noir fleuri en bas de silhouette.
Photo : Isidore Montag / Gorunway.com, via Vogue Runway.

3. Matières. Le wet-look n’a rien à sécher.

Avec *Holy Milk*, Dimitra Petsa travaille la maternité, la création de soi et le lien entre le corps et l’eau.

Dentelle, jersey drapé, transparences : la robe colle à la présence du corps plutôt qu’à une idée abstraite de la femme idéale. La performance va jusqu’au soutien-gorge sculptural qui diffuse un liquide évoquant le lait.

Provocation? Aussi. Mais le plus intéressant est ailleurs : un corps maternel peut-il être un corps de mode sans être recadré, caché ou rendu délicatement symbolique?

Pas besoin de rendre le sujet plus « portable » pour le trouver légitime.

Di Petsa printemps-été 2027, look 1 : Robe blanche wet-look, drapée et transparente.
Di Petsa — Été 2027, look 1.
Robe blanche wet-look, drapée et transparente.
Photo : Umberto Fratini / Gorunway.com, via Vogue Runway.

4. Couleurs. Le blanc ne garantit plus l’innocence.

Le blanc dominant de Di Petsa rencontre le bleu, le noir et le rouge de Rocha. Du clair, de l’obscur, des surfaces qui accrochent la lumière… La palette a du caractère sans avoir besoin de hurler sur chaque cintre.

5. Mention spéciale. Une communauté, avec une vraie porte.

Chopova Lowena a aussi ouvert son Clubhouse à Bethnal Green. Un lieu où revenir entre deux défilés.

Le mot « communauté » devient un peu plus convaincant quand on peut pousser la porte. Et pas seulement liker la campagne.

6. Attitude.

Pour résumer, notre Londonienne de l’été 2027 aime les vêtements habités. Pas hantés par la dernière micro-tendance; habités par quelque chose qui dure plus longtemps qu’un scroll.

Elle peut se montrer, se couvrir, se transformer. Elle ne doit pas être cohérente pour vous rassurer.

Fairy girl, peut-être. Bonne petite fille, beaucoup moins.

Visuel d’ouverture : Chopova Lowena — Été 2027, look 1. Photo : Umberto Fratini / Gorunway.com, via Vogue Runway.